Le transfert des contrats de travail, par application d’une convention collective prévoyant la reprise d’avantages, fait échec au principe d’égalité de traitement (Cass. soc. 30 novembre 2017, n°16-20532 à 16-20549)

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Le transfert des contrats de travail, par application d’une convention collective prévoyant la reprise d’avantages, fait échec au principe d’égalité de traitement (Cass. soc. 30 novembre 2017, n°16-20532 à 16-20549)

Aux termes de son arrêt du 30 novembre 2017, la Cour de cassation revient sur son ancienne jurisprudence selon laquelle, en cas de transfert conventionnel de salariés, l’employeur était tenu d’appliquer pleinement le principe d’égalité de traitement entre salariés accomplissant le même travail (Cass. soc. 15 janvier 2014, n° 12-25402).

 

Dans cet arrêt rendu ce jour, la Haute juridiction considère ainsi :

 

« Vu le principe d’égalité de traitement et l’accord du 29 mars 1990 annexé à la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés du 26 juillet 2011 ;

Attendu, d’abord, que l’évolution générale de la législation du travail en matière de négociation collective et de la jurisprudence en ce qui concerne le principe d’égalité de traitement à l’égard des accords collectifs conduit à apprécier différemment la portée de ce principe à propos du transfert des contrats de travail organisé par voie conventionnelle ;

Attendu, ensuite, que la différence de traitement entre les salariés dont le contrat de travail a été transféré en application d’une garantie d’emploi instituée par voie conventionnelle par les organisations syndicales représentatives investies de la défense des droits et intérêts des salariés et à l’habilitation desquelles ces derniers participent directement par leur vote et les salariés de l’employeur entrant, qui résulte de l’obligation à laquelle est tenu ce dernier de maintenir au bénéfice des salariés transférés les droits qui leur étaient reconnus chez leur ancien employeur au jour du transfert, n’est pas étrangère à toute considération de nature professionnelle et se trouve dès lors justifiée au regard du principe d’égalité de traitement ;

Attendu, selon les jugements attaqués, qu’en application de l’accord du 29 mars 1990 annexé à la convention collective nationale des entreprises de propreté et services associés du 26 juillet 2011, la société AAF La Providence II, attributaire depuis le 1er janvier 2010 du marché de nettoyage du site “banque de France”, a repris à son service différents salariés affectés sur ce site à la suite de la perte du marché par leur employeur ; que, s’estimant victimes d’une inégalité de traitement en ce que certains salariés de la société AAF La Providence II, issus d’un transfert antérieur, bénéficiaient d’un treizième mois en raison de la règle imposant le maintien de leur rémunération lors de la reprise du marché, M. X… et vingt-six autres salariés affectés sur ce site ont saisi le conseil de prud’hommes aux fins d’obtenir le paiement d’une prime de treizième mois pour la période située entre 2010 et 2014 ;

Attendu que pour condamner la société AAF La Providence II à payer à chaque salarié une somme à titre de prime de treizième mois, les jugements retiennent que les différents salariés demandeurs accomplissent le même travail pour le même employeur sur le même chantier, s’agissant tant des salariés dont le contrat de travail a été transféré lorsque le marché a fait l’objet d’un changement de prestataire au 1er janvier 2010 que des salariés faisant déjà partie des effectifs de la société AAF La Providence II à cette date, et que l’employeur ne démontre pas l’existence d’une raison objective et pertinente justifiant la différence de rémunération liée à la nécessité de compenser un préjudice spécifique à une catégorie de travailleurs ;

Qu’en statuant ainsi, le conseil de prud’hommes a violé le principe et le texte susvisés ».

 

A noter que le nouvel article L. 1224-3-2 du Code du travail, issu de la loi n°2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels et modifié par l’ordonnance n°2017-1387 du 22 septembre 2017, dispose désormais que :

 

« Lorsqu’un accord de branche étendu prévoit et organise la poursuite des contrats de travail en cas de succession d’entreprises dans l’exécution d’un marché, les salariés du nouveau prestataire ne peuvent invoquer utilement les différences de rémunération résultant d’avantages obtenus, avant le changement de prestataire, par les salariés dont les contrats de travail ont été poursuivis. »