Remplacement du représentant syndical : attention au libellé de la lettre de désignation

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Remplacement du représentant syndical : attention au libellé de la lettre de désignation

Rappelons qu’aux termes de l’article L. 2324-2 du Code du travail, applicable dans les entreprises d’au moins 300 salariés :

 

« Sous réserve des dispositions applicables dans les entreprises de moins de trois cents salariés, prévues à l’article L. 2143-22, chaque organisation syndicale représentative dans l’entreprise ou l’établissement peut désigner un représentant syndical au comité. Il assiste aux séances avec voix consultative. Il est choisi parmi les membres du personnel de l’entreprise et doit remplir les conditions d’éligibilité au comité d’entreprise fixées à l’article L. 2324-15. »

 

En application de ce texte, chaque organisation syndicale représentative dans l’entreprise ou l’établissement ne peut désigner qu’un seul représentant, sauf dispositions conventionnelles plus favorables.

L’article L. 2143-7 du Code du travail dispose par ailleurs que :

 

« Les noms du ou des délégués syndicaux sont portés à la connaissance de l’employeur dans des conditions déterminées par décret. Ils sont affichés sur des panneaux réservés aux communications syndicales.

La copie de la communication adressée à l’employeur est adressée simultanément à l’agent de contrôle de l’inspection du travail mentionné à l’article L. 8112-1.

La même procédure est appliquée en cas de remplacement ou de cessation de fonctions du délégué. »

 

Sur le fondement de ce texte, la Cour de cassation a d’ores et déjà eu l’occasion de juger qu’une centrale syndicale et les organisations syndicales qui lui sont affiliées ne peuvent désigner ensemble, sauf accord collectif, qu’un seul représentant syndical au comité d’entreprise. Le tribunal d’instance, qui a constaté que lors de la désignation par un syndicat d’un salarié en qualité de représentant syndical au comité d’entreprise, le mandat du salarié précédemment désigné n’avait pas été révoqué par l’union locale à l’origine de cette désignation, a par ce seul motif légalement justifié sa décision d’annuler la nouvelle désignation (Cass. Soc. 5 mars 2008, n° 07-60.060).

L’arrêt commenté (14 mars 2018, non publié à ce jour sur le site Legifrance) s’inscrit dans la droite ligne de cette jurisprudence.

Dans cette espèce, le Syndicat Sud Aérien avait successivement désigné trois représentants syndicaux au comité d’entreprise les 2 novembre, 30 novembre et 20 décembre 2016. L’employeur a contesté ces trois désignations devant le Tribunal d’instance d’Ivry-sur-Seine en arguant de leur caractère surnuméraire.

Pour débouter la société de sa demande d’annulation des désignations surnuméraires, le Tribunal d’instance a énoncé qu’il résulte des désignations litigieuses ainsi que des tableaux d’heures de délégation en résultant que la Société les a enregistrées comme se succédant les unes aux autres et non comme s’additionnant comme elle le prétend. Le juge d’instance a toutefois précisé « qu’afin d’éviter toute ambigüité il apparaîtrait souhaitable que l’organisation syndicale précise le caractère substitutif de la désignation ».

Cette motivation est censurée par la Cour de cassation qui affirme très clairement que lorsqu’un syndicat procède à une désignation de représentant syndical en remplacement d’un autre représentant syndical, il lui appartient de le préciser dans la désignation notifiée à l’employeur.

A noter que cette solution vaut pour toutes les désignations syndicales, dont celle de délégué syndical.