{"id":24212,"date":"2024-01-31T07:45:52","date_gmt":"2024-01-31T06:45:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.voltaire-avocats.com\/?p=24212"},"modified":"2024-01-31T18:36:12","modified_gmt":"2024-01-31T17:36:12","slug":"condamnation-de-la-france-par-la-cedh-a-indemniser-une-salariee-condamnee-pour-diffamation-publique-a-la-suite-dallegations-de-harcelement-et-dagression-sexuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.voltaire-avocats.com\/fr\/condamnation-de-la-france-par-la-cedh-a-indemniser-une-salariee-condamnee-pour-diffamation-publique-a-la-suite-dallegations-de-harcelement-et-dagression-sexuelle\/","title":{"rendered":"Condamnation de la France par la CEDH \u00e0 indemniser une salari\u00e9e condamn\u00e9e pour diffamation publique \u00e0 la suite d\u2019all\u00e9gations de harc\u00e8lement et d\u2019agression sexuelle"},"content":{"rendered":"<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Un salari\u00e9, s\u2019il tient des propos portant atteinte \u00e0 l&rsquo;honneur ou \u00e0 la consid\u00e9ration de son employeur, peut faire l\u2019objet notamment de poursuites p\u00e9nales du chef de diffamation publique pr\u00e9vue par l\u2019article 29, alin\u00e9a 1, de la loi du 29 juillet 1881 sur la libert\u00e9 de la presse et r\u00e9prim\u00e9 par les articles 30, 31 et 32 de la m\u00eame loi (l\u2019auteur d\u2019une telle diffamation commise envers un particulier encourt par exemple une amende de 12.000 euros).&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">En mati\u00e8re de diffamation, la mauvaise foi de l&rsquo;auteur est pr\u00e9sum\u00e9e. <\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Celui-ci peut toutefois s&rsquo;exon\u00e9rer de sa responsabilit\u00e9 en rapportant la preuve de la v\u00e9rit\u00e9 des faits argu\u00e9s de diffamation (<\/span><em style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">L. 29 juill. 1881, art. 35<\/em><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">) &#8211; cette preuve n&rsquo;\u00e9tant pas admise lorsque les propos diffamatoires portent atteinte \u00e0 la vie priv\u00e9e de la personne -, ou sa bonne foi en d\u00e9montrant que les propos pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime, reposent sur une base factuelle suffisante, sont tenus avec prudence et sans animosit\u00e9 personnelle.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">La bonne foi est g\u00e9n\u00e9ralement appr\u00e9ci\u00e9e de mani\u00e8re plus souple dans le cadre de conflits sociaux.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Par ailleurs, sur le fondement notamment des articles L. 1152-2, L. 4131-1, alin\u00e9a 1<\/span><sup style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">er<\/sup><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">, du Code du travail et 122-4 du Code p\u00e9nal, il est admis que les salari\u00e9s sont autoris\u00e9s par la loi \u00e0 d\u00e9noncer, aupr\u00e8s de leur employeur et des organes charg\u00e9s de veiller \u00e0 l&rsquo;application des dispositions du Code du travail &#8211; comme l&rsquo;inspection du travail -, les agissements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de harc\u00e8lement moral dont ils estiment \u00eatre victimes.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Ainsi, la Cour de cassation, dans un arr\u00eat du 28 septembre 2016, a consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019employeur ne pouvait poursuivre en justice pour diffamation un salari\u00e9 qui lui reprochait un harc\u00e8lement lorsque le salari\u00e9 avait uniquement d\u00e9nonc\u00e9 des faits \u00e0 l\u2019employeur ou aux personnes charg\u00e9s de veiller \u00e0 l\u2019application du Code du travail (Cass. 1<\/span><sup style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">\u00e8re<\/sup><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\"> civ., 28 septembre 2016, n\u00b015-21.823). <\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Le b\u00e9n\u00e9fice de cette immunit\u00e9 p\u00e9nale n\u2019est pas automatique, si la d\u00e9nonciation est effectu\u00e9e \u00e0 un cercle plus large que son employeur et des organes charg\u00e9s de veiller \u00e0 l\u2019application des dispositions du Code du travail.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Telle est la solution retenue dans un arr\u00eat de la Chambre criminelle de la Cour de cassation, en date du 26 novembre 2019 (Cass. crim. 26 novembre 2019, n\u00b019-80.360). <\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Dans cette esp\u00e8ce, la salari\u00e9e a \u00e9t\u00e9 poursuivie et condamn\u00e9e pour diffamation publique, apr\u00e8s avoir adress\u00e9 un courriel intitul\u00e9 \u00ab <\/span><em style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">agression sexuelle, harc\u00e8lement sexuel et moral <\/em><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">\u00bb non seulement \u00e0 son employeur et \u00e0 l\u2019inspecteur du travail, mais aussi \u00e0 des cadres de l\u2019association qui l\u2019employait et au fils de l\u2019auteur d\u00e9sign\u00e9 des agissements.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">La Haute juridiction a notamment consid\u00e9r\u00e9 que \u00ab&nbsp;<\/span><em style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">s&rsquo;il existe des \u00e9l\u00e9ments permettant d&rsquo;\u00e9tablir la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un harc\u00e8lement moral, voire sexuel dans la perception qu&rsquo;a pu en avoir Mme U&#8230;, rien ne permet de prouver l&rsquo;existence de l&rsquo;agression sexuelle que celle-ci date de l&rsquo;ann\u00e9e 2015 et pour laquelle elle n&rsquo;a pas d\u00e9pos\u00e9 plainte et ne peut produire ni certificat m\u00e9dical ni attestations de personnes qui auraient pu avoir connaissance, si ce n&rsquo;est des faits, au moins du d\u00e9sarroi de la victime<\/em><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">C\u2019est cette affaire qui a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e devant la Cour Europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme (CEDH), la salari\u00e9e invoquant \u00e0 ce titre une violation de sa libert\u00e9 d\u2019expression pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 10 de la Convention Europ\u00e9enne de Sauvegarde des Droits de l\u2019Homme (CESDH).<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Pour retenir cette violation et condamner la France \u00e0 verser \u00e0 la requ\u00e9rante 8.500 euros \u00e0 titre de dommages mat\u00e9riel et moral et 4.250 euros pour frais et d\u00e9pens, la CEDH, dans sa d\u00e9cision du 18 janvier 2024, a en particulier&nbsp;:<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<ul>\n<li class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Rappel\u00e9 que tous documents priv\u00e9s diffus\u00e9s \u00e0 un nombre restreint de personnes devaient avoir une base factuelle et que plus l&rsquo;all\u00e9gation \u00e9tait s\u00e9rieuse, plus la base factuelle devait \u00eatre solide. Ainsi, pour \u00e9carter l\u2019application du b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019excuse de bonne foi \u00e0 la requ\u00e9rante, les juridictions fran\u00e7aises avaient estim\u00e9 que ses propos relatifs \u00e0 l\u2019agression sexuelle ne disposaient pas d\u2019une base factuelle suffisante. La CEDH&nbsp;a de son c\u00f4t\u00e9 estim\u00e9 que contrairement aux juridictions nationales, \u00ab&nbsp;<\/span><em style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">les faits d\u00e9nonc\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 commis sans t\u00e9moins, et que l&rsquo;absence de plainte relativement \u00e0 de tels agissements ne saurait conduire \u00e0 caract\u00e9riser sa mauvaise foi. Soulignant la n\u00e9cessit\u00e9, au regard de l&rsquo;article&nbsp;10, d&rsquo;apporter la protection appropri\u00e9e aux personnes d\u00e9non\u00e7ant les faits de harc\u00e8lement moral ou sexuel dont elles s&rsquo;estiment les victimes, elle consid\u00e8re (\u2026) que les juridictions nationales, en refusant d&rsquo;adapter aux circonstances de l&rsquo;esp\u00e8ce la notion de base factuelle suffisante et les crit\u00e8res de la bonne foi, ont fait peser sur la requ\u00e9rante une charge de la preuve excessive en exigeant qu&rsquo;elle rapporte la preuve des faits qu&rsquo;elle entendait d\u00e9noncer<\/em><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<ul>\n<li class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Relev\u00e9 que le courriel litigieux n\u2019avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par la requ\u00e9rante qu\u2019\u00e0 6 personnes, dont une seulement \u00e9tait hors de l\u2019affaire et n\u2019avait entrain\u00e9, en tant que tel, que des effets limit\u00e9s sur la r\u00e9putation de son pr\u00e9tendu agresseur, de sorte que la juridiction interne avait une approche \u00ab&nbsp;excessivement restrictive&nbsp;\u00bb des conditions pr\u00e9vues par la loi pour l\u2019exon\u00e9ration de la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale de la salari\u00e9e ;<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<ul>\n<li class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Et soulign\u00e9 que si la condamnation p\u00e9nale prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de la salari\u00e9e ne pouvait pas \u00eatre qualifi\u00e9e de s\u00e9v\u00e8re (en l\u2019occurrence une amende de 500 euros int\u00e9gralement assortie de sursis), elle comportait, par nature, un effet dissuasif susceptible de d\u00e9courager les int\u00e9ress\u00e9s de d\u00e9noncer des faits aussi graves, que ceux caract\u00e9risant, \u00e0 leurs yeux, un harc\u00e8lement moral ou sexuel, ou une agression sexuelle. <\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">Ainsi, la CEDH ne revient pas sur la possibilit\u00e9 de telles poursuites p\u00e9nales, mais sur la proportionnalit\u00e9 entre la restriction au droit de la salari\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et le but l\u00e9gitime poursuivi, \u00e0 savoir ici la protection de la r\u00e9putation ou des droits de celui qu\u2019elle accusait, pour en conclure qu\u2019il n\u2019y a pas de rapport raisonnable au regard des circonstances particuli\u00e8res de cette esp\u00e8ce.<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><span style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p class=\"ql-align-justify\"><em style=\"color: rgb(0, 0, 0);\">CEDH, 18 janvier 2024, n\u00b020725\/20, A. c\/ France<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un salari\u00e9, s\u2019il tient des propos portant atteinte \u00e0 l&rsquo;honneur ou \u00e0 la consid\u00e9ration de son employeur, peut faire l\u2019objet notamment de poursuites p\u00e9nales du chef de diffamation publique pr\u00e9vue par l\u2019article 29, alin\u00e9a 1, de la loi du 29 juillet 1881 sur la libert\u00e9 de la presse et r\u00e9prim\u00e9 par les articles 30, 31 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